Un nouveau roman dessin de Chard, la première dessinatrice de presse française.

                                          Chard, piétonne du nouveau Paris 

Paroissien_A4

Certains éditent des romans-photos, l’Atelier Fol’Fer publie le nouveau roman-dessins de Chard. Le premier, « Profanation », écrit après Carpentras et devenu culte, faisait la part belle aux banlieues ethniques que la meilleure caricaturiste de France avait longuement explorées — à ses risques et périls ! — pour nous révéler toutes les richesses de la « diversité » et sa belle jeunesse.

 

Avec Un paroissien de Saint-Germain des Prés, Chard se borne cette fois, malgré quelques incursions à Barbès,  à son quartier natal pour nous montrer, dessins criants de vérité à l’appui, combien une modernité agressive, une vulgarité triomphante et la « mondialisation heureuse » ont changé en deux ou trois décennies ce qui passait pour un sanctuaire de la culture. Aujourd’hui privé de la plupart de ses libraires, de ses antiquaires et de ses petits commerçants de proximité, épiciers ou droguistes, chassés au profit de la fringue et de la bouffe de luxe.

 

Sur un argument finalement très moral : une donzelle ayant accepté de jouer les mères porteuses pour une couple d’homos mais préférant, toutes réflexions faites, garder l’enfant et donc contrainte de se réfugier chez son vieil oncle — le narrateur, qui élèvera le petit Ernest et l’initiera au beau et au bien — pour échapper aux pères putatifs furieux de sa défection, nous assistons à la décadence de Saint-Germain et à son envahissement par d’étranges peuplades.  Un environnement où ses vieux habitants finissent par se sentir étrangers, et orphelins.

 

Mais n’en va-t-il pas de même pour tous les quartiers de Paris, avec la bénédiction des maires Chirac, Tiberi puis Delanoë et des gouvernements successifs ? Au pied d’un immeuble pourtant classé des Grands Boulevards, tout proche de la Porte Saint-Denis dédiée à « Ludovicus Magnus », Louis XIV, pour célébrer la victoire de Maastricht en 1673, vient de s’ouvrir malgré l’hostilité des copropriétaires un kebab strictement halal et combien d’autres édifices subissent la même souillure, sans réactions des pouvoirs publics ?

 

Infatigable piétonne de Paris, Chard dont le grand Jean Raspail écrivait en 1985 qu’elle «  a le trait qui convient aux temps que nous autres Français vivons. Un trait noir, impitoyable, tragique parfois. Mais, souvent un trait de génie », nous offre avec ce petit « Paroissien » une promenade nostalgique dont le texte, volontairement froid et dépouillé, met en valeur les superbes dessins placés en pages recto.   

Camille GALIC

 Chard : Un Paroissien de Saint-Germain des Près, 110 pages, 14 €, éditions Fol’Fer, <atelier-folfer.com> ou BP 20047, F-Anet.

 

Ce contenu a été publié dans Littérature. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *