« Le suicide français », excellent livre, à un détail prêt…

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Nous répercutons une excellente critique du dernier livre d’Eric Zemmour Le suicide français, critique d’Aristide Leucate
docteur en droit, journaliste et essayiste
« Maurras exalta jadis les quarante rois qui [en mille ans] ont fait la France ; il nous faut désormais conter les quarante années qui ont défait la France. » Contraction historique au contraste saisissant, cet aller-retour dans le temps, par une formule dont notre polémiste a le secret, veut frapper les esprits. À dessein. Pour, dit-il, « déconstruire les déconstructeurs ». Montrer comment le visage de notre beau pays s’est transformé, en deux générations, sous l’effet d’une folle idéologie post-chrétienne héritée de Mai 68, conjuguée à d’inconséquentes politiques mortifères, altérant durablement son âme profonde.
Servi par une vaste culture historique et littéraire, le propos de l’essayiste, chronique de ces quarante dernières années, est une somme (plus de 500 pages) tout à la fois méditative et désabusée de « cette France qu’on abat » où « la Liberté est devenue l’anomie, l’Égalité, l’égalitarisme, la Fraternité, la guerre de tous contre tous ». Cette France des paires qui s’est substituée à celle, patiemment édifiée et bienveillamment transmise, de nos pères. Cette France de la diversité exotique que l’on préfère à l’incommensurable richesse de nos provinces bretonne, périgourdine, provençale, flamande, alsacienne ou auvergnate. Cette France de la parousie multiraciale qui a dégénéré en enfer sur terre multiraciste. Cette France dont, minablement, « BHL [est] le nom [celui] de la haine de soi française et de la sécession de ses élites ». Cette France qui, rapidement, a fait sauter, une à une, les digues de l’assimilationnisme, du patriotisme et de la décence commune. Cette France ouverte aux quatre vents d’une mondialisation débridée, dans laquelle notre ouvrier est sacrifié sur l’autel de la libre concurrence, au bénéfice du tourneur indien ou du manutentionnaire chinois. Depuis, la brèche est d’une noire béance et tout s’y engouffre en torrents incontrôlables : de SOS Racisme à la subversion du pouvoir gay, de l’émergence des banlieues aux traités de Maastricht et de Lisbonne, du voile islamique aux reniements de la gauche ralliée au marché, des racailles, du rap au collège unique, de l’antiracisme à l’immigrationnisme, etc. Jetez en plus, la coupe ne semble pas encore pleine.
Pour Zemmour, tout commence le 9 novembre 1970 lorsque le général De Gaulle rend son âme à Dieu : « la France était en train de mourir mais ne le savait pas encore. Elle n’existerait plus sans le général De Gaulle ; il s’était épuisé à la ressusciter. » Bien que républicain, on ressent chez l’auteur une discrète mais ambivalente nostalgie monarchique, due à son tropisme napoléonien. Napoléon dont il note qu’il réalisa la « somptueuse synthèse historique entre l’Ancien Régime et la Révolution, […] entre la liberté individuelle et l’unité de la nation qui n’avait plus la personne sacrée du monarque pour rassembler ses peuples ». Mais la République du XXIe siècle n’est plus le Premier Empire ; quant à De Gaulle, « il a échoué », assène Zemmour concluant, en imprécateur amer, que « l’avenir de notre cher Hexagone se situe entre un vaste parc d’attractions touristiques et des forteresses islamiques, entre Disneyland et le Kosovo ». Si le titre n’avait été déjà pris, Éric Zemmour aurait pu tout aussi bien intituler son essai Voyage au bout de la nuit.

Mais nous ajoutons que sa référence gaullienne attriste. De Gaulle ne s’est pas épuisé à ressusciter la France , il a accéléré son déclin par deux fois, la première avec la sanglante épuration sous la pression communiste qui a tué toute l’élite française, les maires, les prêtres, les notaires, les médecins, les avocats, les écrivains et les journalistes. La seconde fois, en 62 c’est l’armée française qu’il a essayé de décapiter en incarcérant ses brillants officiers. Depuis 50 ans tout individu décrivant cette situation est voué aux gémonies . Alors de grâce pas de révérence au statue en carton pâte.

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4 réponses à « Le suicide français », excellent livre, à un détail prêt…

  1. Gérard dit :

    Madame Brassié … la différence que vous soulignez est de taille … !

    Toutes les anecdotes de l’histoire gaullienne ne sont rien à côté de la conséquence la plus catastrophique de la politique de De Gaulle.
    Car, avec la conquête de l’Algérie, l’Occident avait crée un pont entre l’Islam et le Christianisme. Un pont qui avait permis aux Pieds Noirs de reconstruire en 132 ans ce que l’Islam avait détruit pendant 1000 ans après les Romains. Un exemple unique au monde. Ce pont permettait de contenir la piraterie sur la Méditerranée, d’éradiquer l’esclavage, d’enrailler les épidémies et d’imposer la civilisation à tout le Maghreb. Et par extension, à toute l’Afrique Occidentale.
    Notre présence en Algérie, qui imposait la laïcité, constituait donc ce pont indispensable qui nous permettait de modérer les intégristes et de maîtriser les désirs d’expansion arabes.
    En brisant ce pont, De Gaulle a commis le pire qui pouvait arriver à la France. Et à l’Europe. Car il rétablissait la dualité millénaire entre le monde musulman et le monde chrétien, c’est-à-dire entre la Bible et le Coran.
    Il permettait à l’Islam de reprendre des territoires (chrétiens du temps de St Augustin) qui avaient coupé la Méditerranée en deux camps opposés.
    Les Pieds Noirs l’avaient réunifiée, De Gaulle restaurait le droit des musulmans à semer le désordre sur la Mare Nostrum. En traitant avec des rebelles qui ne représentaient qu’une minorité, il effaçait d’un seul trait de plume les épisodes de Poitiers, de Vienne et de Lépante qui nous avaient déjà protégés du colonialisme arabe. Il signifiait au monde arabe que la France s’abandonnait aux envahisseurs de tous poils en abandonnant ses valeurs patriotiques.
    On dit aujourd’hui que la chute d’Israël devant le monde arabe, serait la fin de l’Occident. On peut dire alors que l’Indépendance de l’Algérie, voulue par De Gaulle, aura été le commencement de la fin.

    • Enfin ! De la lucidité. C’est exactement le thème sur lequel je travaille depuis assez longtemps. Mais arriver à faire passer le message reste du domaine de Mission impossible. Suis-je pessimiste ? L’avenir le dira.
      Mais je rajoute un élément : outre la responsabilité du triste sire en ce domaine, le lien avec l’Afrique noire a lui aussi été plus que malmené. Et tout le monde y a perdu. Là aussi, il y avait une formidable carte internationale à jouer.
      Que n’a-t-il pas fait pour satisfaire sa haine recuite et sa fausse grandeur !

  2. Je n’ai pas encore lui ce livre de Zemmour, mais ayant suivi le parcours de l’homme, je ne peux que préjuger de ses qualités. Je verrai.
    En ce qui concerne de Gaulle, il faut rajouter, que cet homme a passé le plus clair de son temps politique à monter les Français les uns contre les autres, ce qui est la faute la plus grave d’un responsable : mentant et trichant de toute sa haine, servi par ses qualités de manipulateur, et par un troupeau de veaux dont la race n’est pas éteinte, puisque beaucoup meuglent encore après lui.
    Il y a deux sortes de données à connaître si l’on veut comprendre la portée néfaste du général à titre provisoire. D’abord, les faits historiques dans lesquels il creuse son chemin : les documents ne manquent pas. Ensuite, les fabrications des « godillots » qui l’accompagnent : ces témoignages sont presque plus intéressants, car, oscillant entre le cirage de pompe et la volonté de prouver la suprématie du chef, la somme de leurs mensonges et de leurs faiblesses finit par démasquer ses mensonges et leurs reptations… et leur « roi », s’il n’était pas nu, reste en haillons.
    Pour les incrédules, un exemple entre autres : … avec qui vous savez, vingt-cinq ans aux côtés de de Gaulle, Pierre Lefranc, 1979, Plon.

  3. GAY dit :

    Merci, chère Anne, pour cette remarquable critique du livre de Zemmour.
    De Gaulle y est remis à sa place.

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