La France abîmée

Xavier Martin poursuit son immense quête sur l’histoire et les temps révolutionnaires. Interrogeant tous les documents de l’époque, lettres, mémoires, discours articles de journaux, il lui est apparu que la thématique d’une France abîmée avait propension à s’en dégager comme trait dominant. L’auteur ajoute ,un sourire dans les yeux :  « Ceci étant , à Dieu ne plaise qu’on nous impute une intention de suggérer que la nation française eût été abîmée, avilie, dégradée durant la décennie révolutionnaire…Nous voudrions seulement montrer que les contemporains, républicains  inclus, ont eu le sentiment d’un tel avilissement, et tout au plus analyser les justes raisons qu’ils se pouvaient croire de penser ainsi. »

Et ce sentiment d’avilissement est évident chez ceux sur qui s’acharnent les révolutionnaires mais aussi chez ceux qui ont appelé la révolution de tous leurs voeux. La peur, l’accoutumance au sang coulé, la lâcheté, le soupçon généralisé, l’autocensure, l’espionnage sont les premiers degrés de cet avilissement mais il y a plus grave, l’inversion du sens des mots, l’incarcération au nom de la liberté, le meurtre au nom de l’égalité. « Ce qui constitue une République c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé. » disait Saint Just. » « Nous pourrons être humains quand nous serons assurés d’être vainqueurs » promet Hérault de Séchelles.

La logorrhée révolutionnaire, les mensonges sidérants éclatent dans ces pages :on est forcé d’être libre, on tue par amour de l’homme .Ceux qu’on extermine ne font pas partie de la nation. Un formidable esprit de revanche s’est abattu sur la France :« Les plus difformes de la bande, explique Chateaubriand, obtenaient de préférence la parole. Les infirmités de l’âme et du corps ont joué un rôle dans nos troubles: l’amour propre en souffrance a fait de grands révolutionnaires. » Marat lui même se plaint. La fille de Diderot dont le père allait s’exclamant que « jamais aucune religion ne fut aussi féconde en crime que le christianisme » en vient à prier : « Puisse le ciel mettre un terme à tous les maux de cette malheureuse France. »

La Harpe a bien compris que l’utopie de la perfection était dangereuse dans « leurs homélies de cannibales en délire » Quand à Madame de Staël ,elle concluera cet article : « Ce qui m’est odieux dans la Révolution française c’est le chaos dans lequel elle jette tous les sentiments et toutes les idées.  Je ne sais plus où est le vrai, le beau, le juste. »

A lire de toute urgence en raison de l’originalité de l’approche, de la belle écriture et de l’humour de l’auteur  et un certain avertissement sur notre bel aujourd’hui républicain qui se plaît, lui aussi à éliminer ce qui n’est pas lui….

La France abîmée de Xavier Martin, Dominique Martin Morin.

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