Grain de sel de Christine Surgins 28 juin : Versailles aillagonise (suite)…

La revue de défense du consommateur « Que Choisir » vient de publier dans son numéro 494 un essai comparatif portant sur 386 sites culturels (1). Que choisir commence par rappeler ce que nous répétons depuis des années : « Selon une étude nationale portant sur les retombées économiques et sociales du patrimoine, 1 euros investi dans ce secteur générerait de 10 à 95 euros de retombées directes ou indirectes selon les zones touristiques… ». Bref la culture n’a pas à être traitée comme une parente pauvre, qui coûte et ne rapporte rien, envers laquelle l’Etat consentirait une forme d’assistanat, charité qui le dispenserait de toute critique.


La RMN, réunion des musées nationaux, basée sur la mutualisation des ressources, les recettes des grands servant à aider les petits, « a volé en éclats et le « chacun pour soi » est désormais la règle. Le Louvre est ainsi devenu le premier site culturel mondial avec plus de 8,5 millions de visites en 2009. Il est suivi par Versailles (3ème avec 5,7 millions ), le centre Pompidou et Orsay (respectivement 9ème et 10ème). Face à ces musées d’envergure internationale, de plus en plus riches, de plus en plus puissants, le dénuement des « petits » est d’autant plus flagrant ».


La fracture est aussi territoriale, le fossé se creusant entre Paris et les régions. « De même le rajeunissement du public et l’ouverture sociale n’ont pas été au rendez-vous, loin s’en faut. Selon une étude du ministère de la Culture, le pourcentage des ouvriers ayant visité un musée au cours des douze derniers mois est passé de 23% en 1989 à 15 % en 2008. Même chose pour les agriculteurs, dont la proportion a chuté de 22 à 17 % ».
Les grands musées, devenus quasiment autonomes, se comportent comme n’importe quelle « pompe à fric » ; ce qui, en termes plus châtiés, s’exprime ainsi : « depuis 10 ans, le prix des billets est monté en flèche : plus 35 % pour le Louvre, plus 113% pour Versailles, plus 160 % pour le Centre Pompidou. Sans pour autant entamer la fréquentation grâce à une clientèle captive de touristes aisés, français ou étrangers, qui forment l’immense majorité des visiteurs »


« Comme partout ailleurs, le diktat de l’économie quantitative prime sur la notion de service public ». Le grand perdant est le grand public. «  Dans les sites patrimoniaux qui encouragent la sur- fréquentation par tous les moyens, la visite, même en semaine et hors saison, relève du parcours du combattant ». Versailles, à ce titre, devient un cas d’école mention « victime de son succès ». Tarifs trop élevés et opaques (c’est tout juste si Que choisir ne parle pas de vente forcée quand, les jours des grandes eaux, le tarif est augmenté d’office qu’on y assiste ou pas).

Le pire est à venir, dénoncé également par un article du Parisien du 16 juin : « Certains jours c’est deux à trois heures d’attente pour les visiteurs individuels… » c’est mieux pour les groupes, « quarante à quarante-cinq minute de retard ». Le « surbooking » n’est pas loin.  Bousculade et brouhaha, le palais ressemble  au métro à l’heure de pointe, certains visiteurs ne voient…que les plafonds ! Les expositions temporaires sont montrées du doigt et « Que choisir » rejoint le Parisien : le « parcours du combattant se poursuiv(ant) dans les grands appartements, encombrés par une exposition de trônes. Sans compter qu’ils gênaient la circulation, ces lourds objets gâchaient la perspective de la galerie des glaces »…Versailles obtient, outre une 3ème place mondiale,  « la palme du monument le plus mal géré ». Merci qui ?
Mr Aillagon, dans un musée hypersaturé, attire les badauds : on sait que ceux-ci se précipitent à la moindre toile froissée, Mr Aillagon leur organise des accidents culturels et ils vont roder aujourd’hui autour des carcasses d’acier corten. S’agit-il de servir Versailles ou la culture ou de soigner sa carrière en apparaissant comme « l‘homme qui déplace les foules » ?  L’exposition sur les trônes, moins légitime qu’il y parait (à Versailles on ne mettait guère en valeur le trône… car c’était la personne du Roi qui était mise en scène), pêche surtout par sa tenue hors d ‘une salle dédiée, ce qui fut source de pagaille.
Voilà qui devrait devenir une règle d’Or : les expositions temporaires… doivent se dérouler dans des salles idoines… Arrêtons de livrer les monuments historiques à l’ égo surdimensionné des gestionnaires, sinon il faudra pousser les murs. Et Versailles continuera d’Aillagoniser….

Christine Sourgins

(1) « Valorisation à deux vitesses » , p. 46 à 54.

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